Une vision de l’éducation en Corée du Sud

Sur un papier blanc, l’enfant colorie à coups de crayon maladroits, trop appuyés sur la mine, un grand fond bleu avec de légères ondulations. Ce grand fond bleu ciel parsemé de petits points blancs, comme des flocons de neige.
Curieuse, la mère demande : “c’est quoi ça ?”
“Ça c’est la mer, et le blanc, des pétales de fleur. Quand ils tombent des arbres, après ça flotte comme ça,” dit l’enfant à la mère médusée par l’observation poétique de son fils de cinq ans. Elle n’aurait jamais deviné.
Pourtant, Gisoo connaît bien les enfants, elle travaille avec eux. Avec un statut de consultante, elle élabore des programmes d’éducation pour enfants à destination des professeurs surtout, mais aussi des parents. Son projet : remettre la nature au cœur de l’éducation et rendre à l’enfant son enfance, laisser sa créativité s’exprimer au travers de diverses activités comme le dessin.
Dès qu’un enfant commence à parler, les adultes ont tendance à se concentrer essentiellement sur la parole pour le comprendre.
Pourtant, l’enfant n’a pas toujours la capacité de s’exprimer clairement avec les mots et il raconte beaucoup de choses par des activités créatives comme le dessin. Gisoo se souvient d’un soir où, de retour à la maison tard dans la soirée, comme de nombreux autres soirs à cause du travail, elle découvre dans la chambre de son fils des dessins d’horloge. Si avec les mots, ses enfants n’en disaient rien, ils souffraient de son absence.

Les dessins des enfants sont autant de liens pour apercevoir leur imagination et leur vision du monde. Cette conviction et le plaisir à dessiner de son fils lui donne l’idée de faire un calendrier, chaque mois représenté par un animal réel ou imaginaire dessiné par son fils. Le nom de ce projet : La nature vue par les enfants*. L’objectif est de communiquer avec les enfants et insérer un peu d’enfance dans le quotidien des adultes.
Le calendrier a déjà remporté plus de 4 000 000 de won de financement participatif !

L'éducation en Corée du Sud

Le loisir pour le loisir, le dessin pour le simple plaisir, ce n’est pourtant pas une notion toujours évidente en Corée, où la compétition commence dès l’enfance. Quand Gisoo encourage des mères à laisser la créativité de leurs enfants s’exprimer au travers de loisirs, celles-ci sont souvent intéressées, mais sans perdre de vue la notion d’utilité : elles amènent leurs enfants dans un institut pour qu’ils apprennent et les font participer à des concours. Si leur enfant gagne un prix, alors il doit continuer à peindre, si non, ça n’en vaut pas la peine. Comme une ligne à mettre sur le futur CV.
Pour la plupart des mères, il y a deux options : ou l’enfant sait peindre, ou il ne sait pas peindre. “Quelle autre option peut-il donc y avoir ?” demandait récemment une mère à Gisoo.
Le plaisir du dessin en lui-même, ou comme moyen de communication, leur semble dérisoire quand commence la compétition pour un futur “meilleur”. Même si de plus en plus de parents s’intéressent au concept éducatif de Gisoo, le système éducatif coréen l’emporte bien souvent sur l’innocence de l’enfance et s’impose comme la voie unique de la réussite.

Des enfants coréens dessinant

Après avoir vécu à Séoul et dans le Gyeonggi-do, Gisoo a décidé de retourner dans son village natal, à Gongju dans le Chuncheon-do, pour offrir à ses enfants le cadeau qu’elle-même a reçu pendant son enfance : la nature et le jeu.

Elle veut laisser ses fils libres de décider ce qu’ils veulent être, convaincue qu’il existe d’autres manières de réussir, c’est-à-dire d’être heureux, que d’aller dans la meilleure université. Si ces enfants souhaitent suivre ce chemin, elle les soutiendra ; si un autre les attire, elle fera de même. Pour l’instant, son fils aîné rêve de construire une maison en bois et de cultiver des pastèques. Sans aucun regret pour la ville.

Gisoo elle-même a un parcours atypique. Née d’une famille Nord-coréenne ayant émigré un peu partout au Sud et au Japon ou en Chine, elle avait toujours eu du mal à définir son identité. A 25 ans, soit plus de 15 ans auparavant, elle part vagabonder seule, en quête de soi, dans les pays en voie de développement d’Asie, sans jamais prendre l’avion : la Mongolie, l’Asie du Sud-Est. Elle se souvient notamment d’un geste dont la simplicité l’a beaucoup marquée : dans un village des plaines de Mongolie, un local lui a offert un dessin. Il le lui a tendu comme si c’était tout naturel de dessiner. Bêtement, elle a réalisé que tout le monde peut peindre même ne sachant pas peindre, juste pour le plaisir. Elle avait toujours pensé que c’était un art réservé aux professionnels. C’est étonnant comme les choses les plus simples peuvent marquer une vie.

L'education en Coree du Sud

 

*Pour en savoir plus sur le calendrier Nature seen from Children Eyes